Archive pour la Catégorie 'Nouvelles du ciel…'

Celle qui… enfin bref [3]

Elle se trimballe en permanence un sourire de ravie de la crèche…
Elle a des papillons dans le ventre…
Elle a froid.
90 jours c’est long mais c’est peu.
3 mois déjà, c’est beaucoup et c’est peu.
Reprendre certaines « habitudes » et découvrir autre chose.

A chacun sa came.
Jamais deux sans trois.

Infiniment mieux que si Elle avait touché le jackpot.
Cyclothymique ? Oui, carrément.
- Coupée en deux, on t’a dit -
Disons qu’aux grands maux les grands remèdes et qu’un petit clic vaut parfois mieux que de longs discours…

Ce qu’Elle ne pourrait …

acheter même en gagnant le méga-jackpot :

Elle pourrait acheter sa liberté, mais celle de personne d’autre.

Elle pourrait acheter un lit king-size, mais pas les heures de la nuit où Elle ne dort pas. (Il dit : chaque nuit, à quatre heures… ça fait longtemps ? Elle ne dit pas : depuis qu’il est parti… Elle dit : je ne sais pas).

Elle ne pourrait acheter le temps qui passe, ni les choses perdues, ni les amitiés véritables ou supposées l’être, ni les kilomètres, ni les gens, ni les vols qui prennent du retard, Elle ne pourrait racheter la faute de l’Autre, ni les siennes, Elle ne pourrait acheter la connerie des gens, ni la lâcheté des hommes, ni leurs vices et encore moins leurs vertus, ça ferait beaucoup, beaucoup trop… Elle ne pourrait acheter le pardon, Elle ne pourrait acheter la paix.

Elle pourrait acheter le silence, mais pas l’oubli.

 

Elle ne pourrait s’offrir un océan, avec juste un bateau, le sien, au milieu.

White … – ขาว –

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La neige de la ville n’est qu’une illusion de netteté, où les passants pressés laissent leur trace, dans un bruit mat et mouillé. La neige de la ville est devenue un sorbet sale, qui ne durera pas sous l’insolence du grand soleil d’ici.
Elle a réussi à trouver la chaleur originelle et rassurante des draps, autre neige, unique, douce et pure. Elle a prétendu avoir de la fièvre. D’un geste péremptoire, l’infirmière sans âme lui a tendu un thermomètre. Il suffit de tapoter doucement et régulièrement le côté sans mercure contre la paume de sa main, pour que l’instrument affiche une température minimale de 38,5 °C, indispensable sésame pour être dispensée de gymnastique au grand air…
La peinture du mur s’écaille par endroits, dessinant une géographie qu’elle seule connaît par cœur.

En vérité, c’est d’une autre fièvre qu’elle souffre, impalpable, invisible, permanente… (incurable ?)

La magie du froid a transformé la vitre en papier calque, estompant l’univers et ses bruits. Magie qui matérialise en buée, comme les bulles des bandes dessinées, les rires des enfants et les mensonges des adultes…

Elle contemple la petite planète qui s’éparpille au fond de son verre en tournant sur elle-même, laissant dans son sillage de minuscules points de suspension, matière dispersée au goût amer-salé [comme les larmes].

Elle a lu dans les pages roses du Larousse : « qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ».

Alors oui, se couler en douce dans le cocon des draps anonymes, et oublier l’hiver…

Ceci est une participation autobiographique – écrite en mai 2005 –  au jeu d’écriture du blog à 1000 mains.

Merci à Marlène pour la finesse et la poésie de ses dessins…

 

 

Celle qui le lui disait comme ça…

Un arc-en-ciel et la Lune Rousse. Et puis la pluie, comme toujours quand Elle s’en va. Un panier, une boutique bleue introuvable, une librairie –  et puis une autre, la sienne à Lui- . Le Pont Neuf que l’on traverse en courant. La prairie des Filtres. Le silence. Deux cannelés. Un saule pleureur. Une visite express chez les Rose. Une maison en ruines derrière le prieuré. Les pieds nus sur le parquet, un film à rebours et un peu triste. Mais Elle ne pleure pas, Elle dort.

Elle a dit qu’Elle saurait partir lorsqu’il le faudrait, comme Elle est venue. Par hasard. Qu’il suffira d’un mot, un seul. Il y a longtemps qu’Elle a renoncé. Ses pas dans la nuit qui font gémir le parquet. Elle ne dort pas. Ses gestes dans la nuit qui [... intraduisible dans le texte].

La pluie.

De la bergamote en confiture. Douce et amère. Un torchon à carreaux (en soie, pourtant ! …). Un cadeau oublié. Un voyage pour deux qu’Elle fera seule. Un livre laissé sur une boîte de Pandore. Des objets qu’Elle sème, pour laisser une trace. Un accord non tacite et reconductible… Une heure trente-huit d’attente. Une femme à l’air triste, belle comme une madonne. Un homme qui ne cesse de téléphoner. Le week-end c’est gratuit. Une vieille qui patauge dans la flotte glacée, les pieds nus dans ses chaussons.

Penser à prendre le parapluie orange, il pleut sur Bangkok.

La nuit.

Elle ne dort pas.

 

["di-chan ràk kh'oun kh'a"]

Celle du mercredi à 15 h 45…

La même chose chaque semaine à la même heure. Elle monte lentement les larges marches de pierre creusée par le temps, se tenant du bout des doigts à la rampe de bois rond et lisse.

Premier étage, gauche. Elle appuie doucement sur la sonnette, Elle n’ose pas.

L’angoisse, sa vieille amie, la prend délicatement aux tripes. Des pas derrière la porte.

Et toujours le même scénario, immuable, régulier, le même fauteuil sur lequel elle s’assoit à peine, les pieds joints, et puis des pas, lents et mesurés, sur le parquet. Il va ouvrir une porte et l’inviter à entrer.

Elle va devoir s’allonger, se détendre si Elle le peut, et lui laisser entrevoir ce qui ne va pas, ce qui la blesse…

Sauf qu’Elle n’aime pas les trucs qu’il lui demande de faire avec sa bouche.

Elle tente de se bercer du ron-ron sourd des voitures sur l’avenue, en bas, Elle tente d’imaginer les gens qui vont et qui viennent, pressés, le feu qui passe au rouge et atténue un peu la musique de la vie, pour quelques secondes…

Elle n’aime pas son sourire sadique, lorsque le liquide amer et âcre se répand soudainement dans sa bouche. Elle le crache sans ménagement, en le regardant droit dans les yeux, comme on dit une infâmie, et finit par se rendre, vaincue, épuisée, résignée.

Elle n’aime pas le sang qui finit par fleurir tôt ou tard, comme la moitié du prix qu’il faut payer…

Un bien pour un mal, comme il dit.

Fermer les yeux pour empêcher les larmes de jaillir comme des puces, respirer profondément, oublier son visage si près du sien, ne pas lui céder le moindre gémissement, ne pas serrer les dents.

Une fois que cela sera fini, Elle se lèvera,  lui glissera son dû – puisqu’il faut payer pour cela – et s’enfuira, la bouche meurtrie, l’âme un peu malade, en courant, presque.

Elle n’aime décidément pas aller chez le dentiste.

Celle qui le disait comme ça…

Elle veut partir, Elle veut rester. Rester là, éclaboussée de soleil, dans ses bras à lui. Elle ne veut pas qu’on soit dimanche.

Elle tarde à préparer ses bagages, et pourtant dans moins de deux semaines, Elle respirera la folie de Bangkok, Elle sera de retour sur la Terre qu’Elle s’est promise. Elle veut partir.

Elle ne veut pas l’attendre, Elle ne veut pas être son ombre, Elle peut être tout ce qu’il voudra, mais certainement pas la femme idéale. Elle ne veut pas s’enfuir. Elle ne veut pas être la mère de ses enfants – plus jamais -  sa psy, sa zone de transit. ça tombe plutôt bien, ce n’est pas ce qu’il lui demande. Elle peut être sa soeur, son amante, et même sa came comme il le dit, son hôtesse de l’air et tout ce qui ne s’écrit pas avec des mots. Elle pourrait, si Elle le voulait vraiment…

Si seulement…

Si seulement Elle arrivait à oublier ce qui lui fait si peur, ce qui la réveille au milieu de la nuit et lui fait pleurer des larmes de givre sans qu’Elle sache pourquoi, ce qui le tourmente…

Si seulement Elle pouvait tirer à boulets rouges sur ce qui les hante à tous deux.

Si seulement Elle pouvait oublier qu’il faudra bien un jour partir, voire pardonner s’il le faut, sans remords et juste ce qu’il faut de regrets… en se disant juste « May pen rày…*, same player shoot again ».

 

* »May pen rày » : « ce n’est pas grave… » (ou bien « je vous en prie », en réponse à un remerciement) phrase très souvent employée en Thaïlande, résumant à elle seule la philosophie et la courtoisie des Thaïlandais…

Celui qui faisait des miracles [2]

Morphée ne veut plus d’Elle la nuit.

Elle en profite pour écrire, écrire encore… un roman qui n’avance pas, mais pas seulement.

Elle en profite pour écrire des messages, pendant qu’Il dort. Ou fait semblant. Comme autrefois Elle attendait que le Prince fut endormi pour lui chuchotter les mots d’amour qu’Elle ne savait pas lui dire – Elle aurait pu apprendre, mais non – autrement.

Un an, et quelques jours…

Elle croit bien qu’il faudrait aller rendre des livres qu’Elle a empruntés.

Elle croit bien que la réserve de fleurs cristallisées au sucre est bientôt épuisée.

Elle est sûre de devoir absolument retourner acheter du papier asiatique dans cette fabuleuse papeterie – comment s’appelle-t-elle, déjà ? un nom qui sonne espagnol -.

Elle croit bien qu’Elle aimerait voir ses yeux à lui d’un peu plus près.

Constater avec étonnement qu’il reste toujours en Elle quelque chose. Un grain de sable dans l’océan des possibles.

Et puis…

Assaillie de doute. Humain. Mais particulièrement tenace…

Tu vois le genre.

La petite voix à la con qui lui dit « même pas cap’, d’abord ».

La crainte sourde – mais pas muette –  qu’Il la trouve [intraduisible dans le texte].

C’est aussi simple et aussi compliqué que ça.

Ouvrir grand les yeux et sauter dans le vide.

Ou pas.

 

[Chacun de nous possède en lui une chambre royale. La mienne est murée, mais elle n'est pas détruite.]     W. Shakespeare

9 Soonvijai 4, New Petchburi Road, Bangkok 10320

Le 5 Avril 2553.

 

T’avais qu’à lui dire que tout ça c’est ma faute. Qu’Avril était si froid… c’est peu et c’est beaucoup…

T’avais qu’à lui dire… que la critique est aisée, mais l’art si difficile, et que dans les corridas, c’est pas toujours le taureau qui meurt.

Parce que j’aurais pu être ton hôtesse de l’air, ton peep-show, ton Stade de France, ton Hiroshima, mon amour… ta directrice commerciale, ta Sainte Nitouche, ta masseuse thaï et ton Oedipe, tes illusions et tes nuits blanches…

Je crois bien qu’en somme, j’aurais voulu être ton premier amour, et peut-être même le dernier.

 

แม้เมื่อสิ้นโลกนี้จะไม่ไปวันที่ไม่มีความคิดของคุณ

 

Ceci est une participation semi-autobiographique au jeu d’écriture n° 4…

 

Lettre à un absent…

Un an jour pour jour. Et presque heure pour heure.

La vie, si tu observes bien, est composée d’une multitude de premières fois. La première fois que tu es venu chez moi. Il pleuvait des truites, je m’en souviens… tout comme de cette seconde – imperceptible pour autrui, et pourtant – où l’on s’est regardés droit dans les yeux, malgré le brouillard, et la pluie, et le monde tout autour. Une seconde, une seule, une éternité.

- C’est dommage…

- Dommage, oui…

- C’est pas grave…

Et l’on a balancé, bien loin, nos flacons d’ivresse dans l’océan des possibles…

La première fois que l’on s’est enfuis. Le premier doute, le premier recommencement, le premier silence. Et, bien plus tard, un goût d’inachevé, altérant quelque peu l’infime parcelle de vérité que nous portions en Nous.

- Je pensais qu’avec le temps…

J’ai envie de te gifler, à toute volée.

- Ne pense pas, réfléchis…

Mais tu avais raison. Il est déjà bien tard et tu n’es pas de ceux qui saisissent les nuances…

Bonne chance, enfant de bohème, la route à parcourir est encore bien longue… mais sache que faire le premier pas, c’est déjà avoir fait la moitié du voyage.

 

 

La Fille en rouge…

La fille, tu sais, t’as pas rêvé… Elle est passée dans ton champ de vision une demi-seconde, la fille avec son pull à côtes rouge, ses ongles – un peu trop - rouges et son sourire en balançoire…

Elle ne s’est pas arrêtée lorsqu’elle a entendu – sans doute – ta voix dans le garage [et le grand blanc qui a suivi]. Elle a fait comme si.

Après coup Elle s’est dit qu’elle aurait pu, qu’Elle aurait du s’arrêter, griffonner un message au feutre rouge, le plier en forme de cocotte, et attendre un peu là où tu sais.

Mais non. Elle était pressée, Elle devait aller chez le photographe – ah le bel alibi ! – pour récupérer quelques images d’un mariage.

Lorsqu’Elle est revenue, tu n’étais plus là. Elle aurait du. Elle s’est mordu les lèvres. Jusqu’au sang.

Elle a attendu un peu là où tu sais… un peu longtemps… Elle avait froid dans son pull rouge, mais Elle s’en foutait. Un connard qui promenait son chien lui a fait un sourire, Elle a eu envie de le gifler. De filer un coup de latte au chien. Ou l’inverse. De se noyer.

Elle a farfouillé dans son sac -rouge- à la recherche de son paquet de clopes, Elle en a fumé un tiers de douzaine, en regardant les images que le photographe lui avait données. L’une d’elles a retenu son attention durant de longues minutes : on peut vous y voir, souriants comme des vainqueurs à la sortie de la mairie, main dans la main, entrelacées serrées. Derrière vous, une tante qui sourit aussi et deux gamins mal à l’aise dans leurs costards, un traître, et des inconnus.

Tu es à peine plus grand qu’Elle.

Savais-tu que les regrets pouvaient tenir dans 13 fois 18 centimètres ?

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