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Archive pour la Catégorie 'les vrais gens dans la vraie vie'

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That is « the » question…

Message reçu ce jour :

- Bonjour, je voudrais savoir pourquoi tu es couper (sic) en deux. Je m’appelle Jean-Gustave* et je suis de X… Pourrais-tu m’envoyer ta photo s’il te plaît ?

Cher Jean-Gustave, je ne peux répondre à ta question ma foi aussi pertinente qu’indiscrète…De plus, je suis actuellement « fort occupée » et d’un naturel extrèmement timide. En conséquence de quoi, malgré la tournure de politesse qui accompagne si élégamment ta requête, je ne te dévoilerai pas ma trombine…

Et puis tu as précisé que tu étais de X… Avec un peu de chance tu bosses dans la même boîte que le Prince…

En conséquence de quoi, le mystère de la Femme coupée en deux restera entier (en ce qui te concerne).

Mais puisqu’on est entre gens de bonne compagnie, ami lecteur/trice, je t’invite à deviner le pourquoi du comment de ce joli nom-à-moi… (il y a plusieurs raisons…).

Je relève les copies dimanche soir… et il y a un livre à gagner…

Le billet…

Une grande enveloppe du service de l’état-civil. C’est donc vrai. Un billet me confirme l’évidence. Un texte laconique, tapé avec une machine d’époque. Une date soigneusement découpée en toutes lettres. Le dix       neuf [...]     mil      neuf     cent [...]. C’est drôle, j’ai toujours cru que c’était le seize…

Il y a notre adresse. Je suis souvent passée devant, cela forme comme une « traboule », quelques boites aux lettres en métal déglinguées, une cour mal pavée, un escalier miniature…

Il y a son nom à « elle ». Et pas le mien.

Et aussi celui d’une certaine « Jeanne », 55 ans. Et d’une « Viviane », sans âge. La première a signé une sorte de clef de sol, la seconde s’est appliquée à souligner son nom.

Et c’est tout. C’est tout ce qu’il reste.

Le pire, tu veux que je te dise, c’est que la Faucheuse avait sans doute son carnet de bal bien entamé ce soir-là… ou avait-elle l’humeur paresseuse.

Le billet dit –  et je l’ignorais – que nous sommes décédés à quelques mètres l’un de l’autre…

Le gamin…

Tu n’as pas 15 ans. Tu me tends un vague papier chiffonné, sans un mot. Je n’ose pas te dire « non », alors je te fais un petit geste de la main. Ton doigt tendu est plus éloquent, il pointe vers la baguette de pain qui dépasse de mon sac.

Je t’en donne un tiers. Pour la première fois j’ose regarder tes yeux. Noirs. Tristes et épuisés.

Je cherche encore, dans mon sac il y a toujours un petit quelque chose destiné à Barbalala…J’y déniche une pomme.

Ton rire d’enfant a surgi de toi comme un cri de victoire. Je t’observe, un peu  »fascinée », dévorer le fruit, qui semble presque fluo dans ta menotte crasseuse.

[On t'a dit que la France c'était l'Eldorado ? Figure-toi, mon enfant, que tout à l'heure, j'ai vu des gens se disputer devant la boulangerie, parce que l'un d'eux, pour nourrir sa nombreuse progéniture, a acheté 12 pains d'un coup...]

Lorsque je descends du tramway, tu me salues joyeusement de la main… Ton rire, gadjo dilo, je l’entends encore résonner en moi comme la mélopée  d’un violon tzigane.

Celle qui avait des boules grosses comme ça…(2)

La Femme coupée en deux essaie toujours d’être en accord avec la nature… La météo de ce matin – tempête et pluies diluviennes – a donné le « la »…

Elle a écrit un sms au cousin si aimé qui travaille sur les voies de chemin de fer à toutes les heures et par tous les temps, pour lui dire « bon courage ».

Elle a emmené Barbalala à l’école, celle-ci s’est cramponnée en pleurant, comme à la rentrée scolaire…

Malgré le temps à pas mettre un facteur dehors, elle a reçu du courrier. Tout mouillé. Devine, ami lecteur, ce qu’il y avait dans la boîte ? La Femme coupée en deux te le donne en mille :

- un dossier….                                                ASSEDIC.

Vierge.

Qui dit qu’il faut qu’elle remplisse avec toutes les pièces (évidemment) et surtout la fameuse « attestation employeur » qu’elle n’a plus (évidemment) puisque c’est eux qui l’ont.

La Femme coupée en deux est l’épouse d’Ubu roi, sur ce coup-là…

Elle retourne donc (4ème édition) voir Madame Sédic, accompagnée de Barbalala qui adore aller là-bas (c’est bien la seule…)

Elle explique tout comme il faut à la connasse dame, qui lui dit de ne pas tenir compte du courrier de ce matin. Elle hésite franchement, et demande une vérification. L’autre se lève, va farfouiller, revient…La Femme coupée en deux demande si son dossier sera bien enregistré au 2 janvier et non au 26 (date du fameux courrier) ou au 02/02 (aujourd’hui)… ou à la semaine des quatre jeudis, tant qu’a faire

- On verra, hein, déjà que je me suis « paluchée »* (elle a dit ça en vrai) les piles de dossiers pour trouver le votre, hein…vous aurez une réponse dans 3 semaines.

La Femme coupée en deux n’aime pas du tout du tout qu’on lui parle de cette façon. Elle aime encore moins l’idée qu’on lui « gratte » quasiment un mois… [Ne pas s'énerver, surtout ne pas lui dire qu'elle au moins, aura son salaire à la fin du mois pour avoir paluché plein de dossiers...ne pas lui coller une baffe]

- Et je fais quoi en attendant ?

- Vous attendez, justement… de toute façon les dossiers de novembre ne sont pas encore traités, aloooooooors….

La Femme coupée en deux se retourne lentement, prend une longue respiration , montre Barbalala du doigt, et dit : – vous voyez la petite fille habillée en rose, là-bas ? Eh bien en attendant, pendant 3 semaines, elle n’aura rien à bouffer ou presque…Donnez-moi au moins une attestation, que je puisse aller me faire avancer de l’argent…

- On ne peut pas…. Suivant !

Ne pas s’énerver. En partant, Barbalala demande : pourquoi tu pleures, môman ? Elle a dit quoi la dame, môman ?

Et puis. Elle va trouver une solution. Elle va aller voir Marie (celle qui travaille sur le marché, pas celle de la note précédente !), pour tenter de se faire embaucher quelques heures, quitte à se faire payer en fruits et légumes… elle va essayer de soudoyer le banquier… elle va faire un courrier à la CAF, à son bailleur…et même au dictateur s’il le faut.

Elle va s’en sortir. Parce que c’est élémentaire et obligatoire. Parce que « ce qui ne te tue pas, te rend plus fort ».

En attendant elle ressemble à un lapin albinos qui aurait une conjonctivite foudroyante. (passe-moi la boîte de ‘ouchoirs steuplé…)

 

 

*Palucher : ben oui, finalement ça ne m’étonne pas, venant de ces gens-là…

Une qui savait parler aux dames…

La Femme coupée en deux a horreur du sang. Celui des autres surtout et le sien en particulier… elle a failli tourner de l’oeil (et même des deux) maintes fois à cause de ça… et a ainsi raté une belle carrière d’infirmière…

Par conséquent, lorsque pour une raison médicale il lui faut se rendre au laboratoire se faire prélever quelques gouttes du précieux nectar, elle ne se résoud à tendre le bras au joli et gentil « technicien », qu’à condition que celui-ci promette juré-craché de la traiter comme une enfant de 5 ans, c’est dire…

Or, il advint un jour de malchance que le gentil jeune homme fut remplacé par une thénardière matronne, grise et mauvaise…

La Femme coupée en deux, alors très enceinte de Mademoiselle M, terrorisée, se cramponnait au siège en skaï en implorant mentalement Sainte Rita, patronne des causes désespérées…

- Pas la peine de faire cette tête, mon enfant… qu’est ce que ça sera le jour de l’accouchement…

- [...]

- Parce que c’est rentré…. faudra bien que ça sorte !!

C’est dans ces moments délicieux que la Femme coupée en deux rêve d’une lampe magique, qu’il suffirait de frotter, pour faire apparaitre, par magie, Undertaker dans son habit de lumière…

Celle qui se prenait pour Mona Lisa…

Le buraliste du quartier de la Femme coupée en deux est un Vrai Con. D’ailleurs une copine à elle, autochtone du Mas elle aussi, l’a baptisé « V.C. » (sauf que pour rien au monde la Femme coupée en deux ne poserait ses fesses de caille sur sa tronche…)

Samedi matin, il y a une file d’attente jusque sur le trottoir. V.C. est seul dans son échoppe (d’habitude il y a son épouse, Mme Porte de Fleury-Mérogis, qui déteste les enfants, Dieu merci).

Au bout d’une dizaine de minutes, une cliente se « plaint » vaguement de la longueur de l’attente. Il faut dire que V.C. n’est pas rompu à l’exercice de servir à la fois les clopes, les bonbecs et les Penthouse… sa seule activité habituelle étant d’encaisser les Keno.

La jeune cliente émet donc une légère doléance. Il la regarde, furibard, lui gueule dessus, carrément. Elle se retourne, indignée, vers la Femme coupée en deux, juste derrière :

- Et on se fait engueuler, en plus ?

- Ooh, laissez tomber, il est toujours comme ça…

V.C. éructe. Il fait un bond derrière son comptoir. N’eusse été les -très- nombreux témoins, il l’aurait coupée en trois, celle-là, tiens… Il hurle :

- Quoi kessyaaaa ??? C’est à moi que vous parlez, làaaaahhh ??? (il bave presque, le bougre)

- Ah non. C’est à la dame, là.     Je lui disais simplement que vous étiez coutumier du fait, on finit par s’habituer, c’est tout… dit la Femme coupée en deux, avec un sourire de Joconde…

Vieux papiers…

Parce qu’ elle m’a taggée sur ce sujet, je veux bien me prêter au jeu, et te montrer, ami lecteur, deux photos de la Femme coupée en deux lorsqu’elle était petite.

On ne se moque pas…

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit(été 1976)

Sur celle-ci, j’ai bientôt quatre ans, je tiens la main de ma grand-mère a qui l’on m’a confié le temps des vacances. C’est lors de la fête de Nissan, un village de ma région, d’après ce que ma grand-mère a écrit derrière la photo…

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit(1977 ?)

Celle-ci illustre la période (quelques mois après le décès de mon père) durant laquelle j’ai vécu chez l’oncle et la tante de ma mère,  Robert, Josy, et leurs enfants : Jacques, fils d’un premier mariage de Robert, Michel, que l’on aperçoit à gauche sur les genoux de son parrain, David, encore bébé… suivront plus tard : Catherine, Stéphanie (décédée de la mort subite du nourrisson), Ludovic et Romain…

J’ai de très doux souvenirs de cette période, nous habitions avenue du Pont Trinquat dans une cité achélème de trois bâtiments. Robert travaillait au marché-gare et Josy s’occupait de la marmaille, c’était une vie simple et honnête…nous n’avions pas le sou, mais il régnait dans cette maison beaucoup d’amour…

Michel et moi allions à l’école de la cité Mion…

J’avais écrit autrefois une note sur cette époque…

Cette photo a du être prise à l’occasion d’une (rare) visite de ma mère (la blonde sur laquelle on m’a obligée sans doute à m’asseoir…) Et puis un jour, lors d’une dispute familiale, celle-ci a préparé mes valises et je les ai perdus de vue.

Ce n’est que 16 ans plus tard que je revis Michel, lors d’une fête à la campagne chez une vague connaissance. Assis en face de moi à table, il me dévisageait depuis un moment.

- Tu ne serais pas [la Femme coupée en deux] par hasard ?

- Si ??

- C’est moi, Michel… tu me reconnais ?? (il avait une voix tellement émue…) Quand je vais dire ça à ma mère… il faut que tu viennes la voir !!

Et c’est ainsi que j’ai retrouvé MA Josy, presque inchangée malgré les aléas de la vie… et les autres, enfants hier, trentenaires aujourd’hui…

Le Naufragé…

Fantôme hébété au milieu de la rue. Cheveux jaunes et hirsutes sous une casquette confite de crasse. Il est vêtu d’une veste effilochée et d’un pull beaucoup trop grand pour lui.

Il tape comme un sourd sur un banc avec une lunette de WC en plastique bleu vif.

Symphonie schizophrène…étrange concerto qui n’appartient qu’à lui, mais disons les choses comme elles sont, il casse les couilles à tous ceux qui attendent le prochain tram…

Chez Tati Jo, c’est en haut d’une pente abrupte, des immeubles tout carrés, avec des plaques de couleur sous les demi-fenêtres des cuisines. L’un bleu turquoise, l’autre vert, le dernier marron. Ils habitent dans le « vert », celui du milieu. Il y a là l’oncle Robert, gros et fort, qui travaille au marché-gare. Il ramène tous les jours des cageots remplis de légumes et de fruits à sa femme, qui les transforme aussitôt en ratatouille, en confitures, en tartes, en sauce tomate…
Il y a aussi le cousin David qui vient de naître. On l’aperçoit sur une photo, dans un couffin bordé de tissu couleur arc-en-ciel… 

Et surtout, il y a Michel…cousin adoré d’elle, parce qu’il est à peine plus jeune qu’elle, parce qu’il a des yeux de chat…parce que c’est le plus gentil de tous, celui qui ne dit rien. 
L’oncle Robert est l’oncle de la mère. 
 

La mère qui ne vient presque jamais la voir, pas un mot pour l’anniversaire, elle n’a pas le temps… 
Alors, insidieusement, Elle s’est mise à ne plus supporter le mohair bleu du pull, le parfum tubéreux, le blond platine de la mère. Son esprit a chassé malgré Elle, pièce par pièce, tout ce qui console les enfants. 

 
Heureusement, pour palier à tout cela, il y a le formica, les vaguelettes du dessus de lit, les ballons et les sucettes Chupa-Chups à l’épicerie de Mme Taraire, le couple de poupées espagnoles sur la télévision, la vie « populo », celle qui chahute dans l’escalier, les cris des mères qui rappellent au balcon leurs enfants pour la soupe… 
La vie dans sous ses éclats, aux odeurs simples et honnêtes comme celle du savon de Marseille… 

Jaune…

L’été, chez la tante Momo, on « fait les anchois » : on part à Sète en fin d’après-midi, chercher les poissons à la criée. On regarde les chaluts entrer au port ; l’affaire est vite faite, et les cageots s’empilent dans le coffre de la voiture. Si elle a été sage durant la transaction, elle aura droit à une glace (à l’italienne s’il vous plait, et à la vanille…).

Le lendemain, à l’heure de la sieste, elles se retrouvent à quatre, assises en carré autour de la table de la terrasse. Tante Momo dirige les opérations : elle donne des conseils aux petites « ça vient d’un coup tout seul –  mais fais doucement, enfin ! ». Tante Marie fait sa besogne avec indifférence, elle ne dit rien, ou presque. Elle pense à son mari…La cousine Christine -qu’on appelle ici la « kèque »*- pépie, elle a toujours quelque chose à raconter ou une colère à vider.

Il faut lever les filets en les gardant entiers, puis on les conserve dans du gros sel, ou on les couche bien rangés dans une marinade avec du citron et de l’huile d’olive, de l’ail ou du piment. On les garde au frais pour « l’apéro » de ces messieurs de la maison, tout au long de l’été… on les vend au kilo et « au noir » aux restaurants de la côte…

L’une des joies de l’enfance des petites fut de déguster ces anchois marinés du bout des doigts et à toute heure, la tête renversée en arrière et les yeux fermés, sous la caresse piquante et douce du soleil et de l’huile d’olive.

 

* Dans le midi, les gens ont gardé la tradition, comme partout autrefois, de donner des surnoms…

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