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Celui du mercredi

Le petit concessionnaire du coin porte un costard gris anthracite et une chemise rayée. Le col de sa chemise, lorsqu’il se penche, laisse entrevoir une nuque blanche et lisse, probablement douce au toucher.

Le petit concessionnaire du coin a des mains élégantes, les ongles propres et taillés court, les gestes lents et maladroits, pas d’alliance à la main gauche.

Il écrit comme un kangourou, au stylo bille noir. Il ne s’appelle pas Eric.

Il met du gel dans ses cheveux. Beaucoup. Beaucoup trop. Elle ne pourrait ébouriffer ses mèches sans se blesser.

Il porte des chaussures de proxénète italien, et des chaussettes éblouissantes de blancheur.

Il n’a donc aucune chance de sortir avec Elle.

Lettre à un absent…

Un an jour pour jour. Et presque heure pour heure.

La vie, si tu observes bien, est composée d’une multitude de premières fois. La première fois que tu es venu chez moi. Il pleuvait des truites, je m’en souviens… tout comme de cette seconde – imperceptible pour autrui, et pourtant – où l’on s’est regardés droit dans les yeux, malgré le brouillard, et la pluie, et le monde tout autour. Une seconde, une seule, une éternité.

- C’est dommage…

- Dommage, oui…

- C’est pas grave…

Et l’on a balancé, bien loin, nos flacons d’ivresse dans l’océan des possibles…

La première fois que l’on s’est enfuis. Le premier doute, le premier recommencement, le premier silence. Et, bien plus tard, un goût d’inachevé, altérant quelque peu l’infime parcelle de vérité que nous portions en Nous.

- Je pensais qu’avec le temps…

J’ai envie de te gifler, à toute volée.

- Ne pense pas, réfléchis…

Mais tu avais raison. Il est déjà bien tard et tu n’es pas de ceux qui saisissent les nuances…

Bonne chance, enfant de bohème, la route à parcourir est encore bien longue… mais sache que faire le premier pas, c’est déjà avoir fait la moitié du voyage.

 

 

Celle qui cherchait les torgnoles…

[Intérieur jour, 8 h 40 mn, météo de mierda, lundi matin]

La Femme coupée en deux est pressée, comme tous les matins lorsqu’il faut emmener Barbalala à l’école, et courir, courir après le tram et puis le bus, et marcher pour arriver à l’heure au boulot. Le lot de tout le monde, en somme et cela lui convient…

Elle cherche ses clefs, tout en vérifiant qu’Elle n’a rien oublié et en répondant au hasard à Barbalala qui, malgré ses yeux pleins de sommeil, parle comme un moulin.

La porte de gauche du couloir s’ouvre sur des odeurs HLM, la voisine en pyjama l’interpelle :

- Hey, tu vas bosser ?

- Bah oui, je suis pressée, un peu…

- Je voulais te demander quelque chose..

Cliquetis, les clefs dans la serrure, vite, vite…

- Tu voudrais pas me brancher ma webcam, j’y arrive pas…

- Faudrait installer les pilotes, le CD qui était vendu avec (la voisine est une quiche en informatique, en partie comme bon nombre de gens qui ne prennent pas le temps de lire les notices ou les rubriques d’aide…)

- Ah oui…

- Voilààààà… excuse-moi, je file.

 

 ——————————————————-

 

[8 h 51, classe de Barbalala, rires clairs et cris d'enfants]

Tu-tu-tutututu-tutut [musique de portable stylée David Guetta fait joujou avec une BonTantPis]

- Euh… c’est S….

Bisous à Barbabelle, à ce soir Hiroshima-mon-amour…

- Je te propose un truc…

Si je t’emmène au boulot, tu me la branches maintenant, ma webcam ???

[Pitin, heureusement que J - 3...]

 

Celle qui donnait sa version des faits… (part two)

Oncques, amie lecteuse, voici que la Femme coupée en deux te fait un rapport détaillé de ce qui s’est passé lors d’une rencontre irl entre quatre drôles de dames :

- Les blogueuses, ça pousse des cris (à côté de ça, les sirènes du port d’Alexandrie ne sont qu’une berceuse pour nourrisson) au crépuscule, dans les halls de gare…

- Les blogueuses, ça fait dînette thaïlandaise, mais ça ne dort pas beaucoup…

- ça ne dort pas beaucoup, parce que ça pia-pia-te jusqu’à point d’heure du matin…

- Les blogueuses, ça aime la caféine… (et les pétales de violette cristallisés)

- Les blogueuses, ça écoute de la musique, de la vraie…

- Les blogueuses, elles sont belles : fraîcheur-harmonie-jeunesse et joie de vivre à tous les étages…

- Les blogueuses, ça aime ricaner bêtement devant les sous-vêtements masculins (fluos), et les dégaines surréalistes des pintades indigènes…

- Les blogueuses, ça se rencontre les jours de pluie… (et aussi quand il fait soleil)

- Les blogueuses, quand elles repartent, c’est toujours un peu trop tôt…

Tu veux une autre version des faits ? c’est là…

 

[Edit : un chouette cadal à gagner ici à partir de ce soir...]

A question bête, réponse énervante.

Intérieur jour, 15 h 45 pétantes, chez Paul-en-Poix (boutique anciennement appelée Anne & Péheu ou quelque chose comme ça).

La Femme coupée en deux fait gentiment la queue. Elle a rendez-vous.

Un costard-cravate, à la gentille emploi-jeune de l’accueil :

- Mais enfin, Sylvie, qu’est ce donc que tout ce monde ??

La Femme coupée en deux, sourire de Joconde/on :

- Ben…. des chômeurs, Monsieur…

Celle qui faisait des dégâts…

Aujourd’hui, la Femme coupée en deux te donne l’une des raisons pour laquelle elle a des relations pour le moins étranges avec la gent masculine : c’est simplement dû à sa maladresse légendaire dès lors que tu la sors de son contexte-à-elle (mais pas forcément non plus, pour rester honnête, c’est un peu tout le temps…) 

Exemple 1 :

Extérieur jour, passage Lonjon, temps ensoleillé. La Femme coupée en deux en profite pour promener le vélo que Monsieur-son-ex lui a offert. Elle fonce à toute allure en direction de la mairie, lorsque une espèce de connard passant lambda traverse inopinément à l’angle du Queuwick. Et tourne à angle droit, tout aussi inopinément…

Pan.

Il s’est mangé le guidon dans les abdos et le garde-boue avant dans les roubignolles. Tel un caméléon, il a viré instantanément au vert pomme. « Oh mon Dieu ! » s’est-Elle écriée… « Espèce de grosse connasse », a-t-il éructé en agonisant…

 

Exemple 2 :

Intérieur jour, ligne 2 du tram. Il est bien joli, lui, avec ses yeux de fille et son sourire vainqueur… La Femme coupée en deux s’assoit bien gentiment en face de lui. Croise les jambes de façon étudiée (staïle Sharon dans Basic Instinct, mais avec une culotte…)

Pan.

Il s’est mangé un coup de bonne grosse botte de motarde dans le tibia. Un king-size taille 40 fillette qui a dû lui laisser un bleu. Elle s’excuse en réprimant un fou-rire. Il se contente de battre des cils.

Et ça se passe toujours plus ou moins comme ça… Force est de constater que son talent pour le comique de situation est diversement apprécié…

Celles qui se faisaient des quiproquos…

On est tous un peu fatigués, hein…

Amie lecteuse, tu ne t’en souviens sans doute pas, mais la Femme coupée en deux refourgue très régulièrement sur un célèbre site d’enchères, des tas de bidules en général, et la gargantuesque garde-robe de Barbalala devenue trop petite, en particulier…

Et t’as pas idée, vraiment, des conneries qui peuvent arriver avec ça.  Ce soir, par exemple. Elle reçoit un mail d’une dame qui lui annonce de façon très courtoise, que son chèque lui est revenu avec la mention « boite aux lettres non identifiable ». Avec en pièce jointe un lien vers une photo stockée sur un site. Que la Femme coupée en deux ne regarde même pas, because la semaine dernière, le branque du rez-de-chaussée a défoncé lesdites boites à la barre à mines. (sa femelle prétend qu’il vaut mieux qu’il s’en prenne à du mobilier, et on la croit sur parole…) On peut considérer qu’elles sont devenues pour quelques heures, « non identifiables ». Mais réparées le lendemain matin…

Réponse à la dame, gna-gna-gni Paypal trop vorace, gna-gni-gna-gna renvoie-moi le chèque steuple-merki.

Réponse de la dame : « Rhapitin chuis grave trop désolée, c’est pas vous, c’est une autre, j’espère que vous recevrez ma lettre rapido… »

Réponse à la dame : « Pas de souçaille, chuis super conciliante et tout » (que serait la vie sans ces petites facéties, hein… ce serait mou et fade comme l’enveloppe d’une bouchée vapeur)

[surtout que ton chèque, mon canard, il est soigneusement rangé à deux cm de mes oeils, et de mes mains au moment où je t'écris, coincé sous l'écran pour que je le voie bien, depuis hier... et j'avais pas vu]

Conclusion : de deux choses Lune (l’autre, c’est le soleil) : ou elle est très fatiguée, ou Al Zeimer a commencé à lui grignoter le peu de neurones qui lui restent… (c’est moi ou ça sent la calamine ?) ou elle a besoin d’aller chez l’opticologue…

(Demain, elle te racontera comment avoir un rencart avec Pivoine, c’est trop de la balle qui déchire sa race…)

Lui et pas un autre…

Il arrive un peu tard, mais ce n’est pas grave… il a son sourire tendre qu’elle aime tant… Elle est contente, ce matin elle a acheté un joli bijou pour lui, un bracelet en acier et or (comme lui, en somme…) Il lui tend un paquet, lui aussi « surprise ! » : une ravissante tortue à la carapace de jade…

Il mange quelques crevettes façon thaï, elle lui dit qu’elle veut voir Bangkok la nuit, et les marchés flottants, et les temples, et… et…

Il dit : « tu auras peut-être la chance de rencontrer un Prince qui sera du voyage, lui aussi », elle rit…

Il dit encore : « je partirais bien avec toi, si je le pouvais… » (ça serait beaucoup plus compliqué pour attirer un Prince, mais…)

« Si je le pouvais, je prendrais un deuxième billet d’avion pour que tu partes avec moi… « 

« On louerait une moto pour aller jusqu’à Chiang-Mai » (il a traversé une partie du Népal comme ça… c’était épique !)

Il dit encore : « Tu as raison de partir… », il comprend tout parce qu’il sait tout :

« Ce n’est pas parce que le bateau a disparu de l’horizon qu’il n’existe plus… »

C’est son colosse, son ours, son alter-égo, son Océan-Twelve, son Rolling-Stones au Stade de France, son garde du corps, son poupon… son rayon de soleil.

Celle qui ouvrait les tiroirs…(suite)

Cette fois ci, Elle a farfouillé dans les tiroirs de Monsieur Internet… et Elle a encore trouvé des images d’Elle qu’Elle ne connaissait pas…

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1979 : classe de CP, école Marie Curie. La Femme coupée en deux ne vit plus chez la famille Formica, mais chez sa mère qui s’est remariée entre-temps… Un changement radical… C’est curieux, Elle ne se souvient absolument pas d’avoir eu pour institutrice une naine !! Elle se rappelle cependant de la Directrice, une connasse bourgeoise ultra-conservatrice au profil de sphinx, qui lui trouvait « mauvais caractère ».  Le petit garçon aux genouillères rouges à côté de la naine s’appelait, il lui semble, Bertrand Bonnet (Elle est sûre du nom mais pas de la personne) et Elle était follement amoureuse de lui… (Bertrand, si tu te reconnais…)

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Ici l’année suivante, dans la même école…

 

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(Oui, je sais, ça fait peur…nos mères étaient sans état d’âme sur la question vestimentaire, n’est-ce pas ?…)

1983 : Collège privé de la Providence, classe de 6ème B. Elle ne sait quel âge ont les filles du dernier rang, mais on dirait des vieilles !! La fille aux cheveux oranges et l’air flingué (2ème rang, 2ème en partant de la droite) s’appelait Géraldine Heurel, la 4ème en partant de la gauche au premier rang, Karine Vayssette(s?), très sympa.

Ami lecteur, amie lecteuse, sauras-tu retrouver la Femme coupée en deux sur ces deux photos ?

[Edit : Elle en a trouvé encore une autre sur le site, mais  préfèrerait coucher avec Julien Courbet que la montrer... niveau vestimentaire c'est pire, là c'est Elle qui choisissait ses fringues... et je te rappelle que nous étions dans les années 80,  so no comment]

Celle qui ouvrait les tiroirs…

Il lui fallait un peu de temps… non pas pour oublier  – ce serait renier – mais pour que la petite musique se fasse chuchotement…

Ecrire a toujours été pour elle une nécessité aussi vitale que celle de respirer, écrire partout et tout  le temps, les choses douces et les jours amers, la vie en vrai… une nécessité parce que sans cela tout finit par s’estomper, se fondre… avec le temps.

Elle a donc décidé de continuer.

L’été dernier  après les noces Lu-princières, elle se rendit chez sa tante. La soirée s’étirant doucement, elle réclama que la tante ouvrit le vaste buffet de la salle à manger, afin d’y dénicher quelques clichés de « quand elle était petite ». Elle découvrit un trésor, soigneusement gardé dans une boîte de plastique gris, des centaines de diapositives, des images oubliées du bonheur de l’enfance… une étiquette poussiéreuse indiquait « 1977 – 1979″.

Il était une fois…

La tante Jocelyne et son mari Robert, qui l’ont élevée et choyée quelques années… l’oncle travaillait au marché-gare, (en d’autres temps on aurait dit un « fort-des-halles »), la tante élevait sa -déjà- nombreuse nichée, et tricotait occasionnellement des modèles d’exposition pour Phildar. C’étaient des gens braves et honnêtes, toujours prêts à rendre service, d’un courage et d’une générosité sans bornes.

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(ici avec C., leur 3ème enfant)

Nous vivions en « hachélème ». L’odeur doucereuse de la soupe et du savon de Marseille, le carrelage de la cage d’escalier – agrégat de marbre beige-crème ponctué de quelques morceaux plus sombres - que j’ imaginais fait de nougat, le reflet d’un bloc de verre carré semblable à un gros glaçon qui dessinait des arcs-en-ciel sur le mur, je me souviens de tout cela avec une telle netteté…

Au début, trois adultes (le couple et un autre oncle qui sortait de « convalescence » -j’en ai parlé plus bas -), et quatre enfants (les trois du couple :  deux garçons, une fille et moi).

L’aîné, M. dont on a longtemps ignoré le secret… mon préféré, nous nous battions et dormions ensemble comme de petits chats…

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Ici, le « couple de l’année », à l’occasion de la fête de l’école maternelle de la Cité Mion… les costumes avaient été patiemment cousus par la tante…car on ne pouvait, bien entendu, se permettre une telle dépense… à l’arrière plan, sur la télé, on peut apercevoir une kitscherie monumentale que je mis un moment à reconnaître : le couple d’espagnols qui danse le flamenco, deux  »poupées mannequin » habillées de circonstance, mais avec lesquelles il était strictement interdit de jouer. Tout le monde avait cette horreur chez soi à l’époque. Dans notre région, du moins… le comble du raffinement étant de posséder également le taureau en velours ras, en réalité de véritables saloperies nids à poussière…

Pour l’anecdote, la tante oublia un jour M. à l’épicerie « Au bon Lait » (qui devint plus tard « Coop »). Le mioche attendit dans le caddie sans mot dire, aux bons soins de l’épicière (Mâââme Taraire) qui l’avait roulé à côté de sa caisse… Il ne fut fait aucun reproche à la tante, mais elle en conserva une grande honte.

Ici ta dévouée narratrice, fièrement encombrée d’un poupon joufflu et fessu… un beau cadeau de Noël ?

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Ah oui, répondit la tante, amusée : c’est D. (le cousin-si-aimé) !!

Il parait que je ressemble à Barbalala…

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(on était beaux, hein…)

Le poupon n’a pas beaucoup changé en trente ans : toujours aussi rond, toujours sur le canapé… il a aujourd’hui deux filles.

La suivante, C. , blonde comme une poupée… elle a aujourd’hui un garçon et une fille…

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Une autre, S. dont on ne parle pas et dont il ne reste rien, décédée lorsqu’ elle était bébé… puis deux autres garçons, la tante eut en tout 6 enfants, et éleva tous ceux qu’on lui confiait (ce qui au final fit presque le double…). Le séjour pouvait durer de quelques heures à quelques années… L’enfant pouvait tout aussi bien être un lointain parent ou même une petite voisine dont la maman « était partie »… Ce qui fut le cas pour A., dont la quatrième enfant est née hier matin…

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(Ben ouais, comme dirait l’autre, « ça part de là »…)

Famille nombreuse, famille heureuse… Famille Formica : peu d’argent, jamais de « vraies vacances », mais de l’amour, des « Rivoire & Carret », et des taloches distribués avec une générosité et un sens de l’équité qui forcent l’admiration…

Et aussi : les guimauves de chez Deleuze (un vrai luxe, même et surtout aujourd’hui), dont on achetait seulement les chutes de découpe, vendues à moitié prix… les pots de yaourt en carton « La-Roche-aux-Fées », recouverts d’une fine pellicule de cire… les polaroïds, Sylvie Vartan… l’odeur du Spic (si tu ne sais pas ce que c’est, demande à ta mère…), les boules de bois, lisses comme des galets, au bout des accoudoirs des fauteuils… les poésies de Robert Desnos,  il lui suffit de fermer les yeux pour se souvenir de tout cela avec ravissement. Il lui manquait juste les images, c’est chose faite…

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(Ici, 3 décennies plus tard… de gauche à droite : R., (le dernier enfant de la tante), sa mère, moi et mon « poupon »…)

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