Archive pour la Catégorie 'Les disciples…'

Celle qui ne savait pas quoi faire…

Prendre le train tôt le matin – toujours le même – pour rejoindre le Poupon qui va mal. (Pour qu’il lui demande de venir, c’est que vraiment…). Une autre fois, au crépuscule, Elle avait eu si peur, il ne se réveillait plus, le bougre. Il avait une excuse toute faite. Il éclusait une grosse muflée. Andouille.

Mais là, c’est autre chose.

Alors ils ont tué le temps, faute de mieux. Elle lui a parlé, longuement… Elle a cherché les mots, pour consoler, pour encourager, faire taire le volcan en éruption qui ne demande qu’à s’éveiller (et celui-ci ne crache pas de la poussière).

Pour exemple, un jour il a transformé une Alf* R*méo (quasi-neuve, première main, toutes options) en épave. A mains nues et avec les pieds. Tu devines, ami lecteur, que le propriétaire du véhicule a laaaargement attendu qu’il ait fini avant d’oser descendre…

Le Poupon a changé. Beaucoup. Le Népal y est sans doute pour quelque chose… et les années aussi…

Il y a un lien indéfectible entre eux. Si l’un des deux a un caillou de la vie dans sa chaussure, s’il se trompe de chemin, s’il a tort, même… l’autre le porte sur ses épaules. Naturellement, c’est plus facile pour lui…

Alors Elle s’est fâchée, un peu. Pas après lui, non… Il paraît que c’est lorsqu’Elle est mauvaise qu’Elle est la meilleure…

Et puis ils ont rigolé, un peu.

Mais tout de même…

Elle n’aime pas prendre le dernier train du soir – toujours le même – Elle n’aime plus trop ça, depuis…

Alors pour la consoler, il lui a fait faire le voyage – Barbalala était ravie – dans la cabine du conducteur.

Lui et pas un autre…

Il arrive un peu tard, mais ce n’est pas grave… il a son sourire tendre qu’elle aime tant… Elle est contente, ce matin elle a acheté un joli bijou pour lui, un bracelet en acier et or (comme lui, en somme…) Il lui tend un paquet, lui aussi « surprise ! » : une ravissante tortue à la carapace de jade…

Il mange quelques crevettes façon thaï, elle lui dit qu’elle veut voir Bangkok la nuit, et les marchés flottants, et les temples, et… et…

Il dit : « tu auras peut-être la chance de rencontrer un Prince qui sera du voyage, lui aussi », elle rit…

Il dit encore : « je partirais bien avec toi, si je le pouvais… » (ça serait beaucoup plus compliqué pour attirer un Prince, mais…)

« Si je le pouvais, je prendrais un deuxième billet d’avion pour que tu partes avec moi… « 

« On louerait une moto pour aller jusqu’à Chiang-Mai » (il a traversé une partie du Népal comme ça… c’était épique !)

Il dit encore : « Tu as raison de partir… », il comprend tout parce qu’il sait tout :

« Ce n’est pas parce que le bateau a disparu de l’horizon qu’il n’existe plus… »

C’est son colosse, son ours, son alter-égo, son Océan-Twelve, son Rolling-Stones au Stade de France, son garde du corps, son poupon… son rayon de soleil.

Celle qui ouvrait les tiroirs…(suite)

Cette fois ci, Elle a farfouillé dans les tiroirs de Monsieur Internet… et Elle a encore trouvé des images d’Elle qu’Elle ne connaissait pas…

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1979 : classe de CP, école Marie Curie. La Femme coupée en deux ne vit plus chez la famille Formica, mais chez sa mère qui s’est remariée entre-temps… Un changement radical… C’est curieux, Elle ne se souvient absolument pas d’avoir eu pour institutrice une naine !! Elle se rappelle cependant de la Directrice, une connasse bourgeoise ultra-conservatrice au profil de sphinx, qui lui trouvait « mauvais caractère ».  Le petit garçon aux genouillères rouges à côté de la naine s’appelait, il lui semble, Bertrand Bonnet (Elle est sûre du nom mais pas de la personne) et Elle était follement amoureuse de lui… (Bertrand, si tu te reconnais…)

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Ici l’année suivante, dans la même école…

 

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(Oui, je sais, ça fait peur…nos mères étaient sans état d’âme sur la question vestimentaire, n’est-ce pas ?…)

1983 : Collège privé de la Providence, classe de 6ème B. Elle ne sait quel âge ont les filles du dernier rang, mais on dirait des vieilles !! La fille aux cheveux oranges et l’air flingué (2ème rang, 2ème en partant de la droite) s’appelait Géraldine Heurel, la 4ème en partant de la gauche au premier rang, Karine Vayssette(s?), très sympa.

Ami lecteur, amie lecteuse, sauras-tu retrouver la Femme coupée en deux sur ces deux photos ?

[Edit : Elle en a trouvé encore une autre sur le site, mais  préfèrerait coucher avec Julien Courbet que la montrer... niveau vestimentaire c'est pire, là c'est Elle qui choisissait ses fringues... et je te rappelle que nous étions dans les années 80,  so no comment]

Celle qui ouvrait les tiroirs…

Il lui fallait un peu de temps… non pas pour oublier  – ce serait renier – mais pour que la petite musique se fasse chuchotement…

Ecrire a toujours été pour elle une nécessité aussi vitale que celle de respirer, écrire partout et tout  le temps, les choses douces et les jours amers, la vie en vrai… une nécessité parce que sans cela tout finit par s’estomper, se fondre… avec le temps.

Elle a donc décidé de continuer.

L’été dernier  après les noces Lu-princières, elle se rendit chez sa tante. La soirée s’étirant doucement, elle réclama que la tante ouvrit le vaste buffet de la salle à manger, afin d’y dénicher quelques clichés de « quand elle était petite ». Elle découvrit un trésor, soigneusement gardé dans une boîte de plastique gris, des centaines de diapositives, des images oubliées du bonheur de l’enfance… une étiquette poussiéreuse indiquait « 1977 – 1979″.

Il était une fois…

La tante Jocelyne et son mari Robert, qui l’ont élevée et choyée quelques années… l’oncle travaillait au marché-gare, (en d’autres temps on aurait dit un « fort-des-halles »), la tante élevait sa -déjà- nombreuse nichée, et tricotait occasionnellement des modèles d’exposition pour Phildar. C’étaient des gens braves et honnêtes, toujours prêts à rendre service, d’un courage et d’une générosité sans bornes.

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(ici avec C., leur 3ème enfant)

Nous vivions en « hachélème ». L’odeur doucereuse de la soupe et du savon de Marseille, le carrelage de la cage d’escalier – agrégat de marbre beige-crème ponctué de quelques morceaux plus sombres - que j’ imaginais fait de nougat, le reflet d’un bloc de verre carré semblable à un gros glaçon qui dessinait des arcs-en-ciel sur le mur, je me souviens de tout cela avec une telle netteté…

Au début, trois adultes (le couple et un autre oncle qui sortait de « convalescence » -j’en ai parlé plus bas -), et quatre enfants (les trois du couple :  deux garçons, une fille et moi).

L’aîné, M. dont on a longtemps ignoré le secret… mon préféré, nous nous battions et dormions ensemble comme de petits chats…

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Ici, le « couple de l’année », à l’occasion de la fête de l’école maternelle de la Cité Mion… les costumes avaient été patiemment cousus par la tante…car on ne pouvait, bien entendu, se permettre une telle dépense… à l’arrière plan, sur la télé, on peut apercevoir une kitscherie monumentale que je mis un moment à reconnaître : le couple d’espagnols qui danse le flamenco, deux  »poupées mannequin » habillées de circonstance, mais avec lesquelles il était strictement interdit de jouer. Tout le monde avait cette horreur chez soi à l’époque. Dans notre région, du moins… le comble du raffinement étant de posséder également le taureau en velours ras, en réalité de véritables saloperies nids à poussière…

Pour l’anecdote, la tante oublia un jour M. à l’épicerie « Au bon Lait » (qui devint plus tard « Coop »). Le mioche attendit dans le caddie sans mot dire, aux bons soins de l’épicière (Mâââme Taraire) qui l’avait roulé à côté de sa caisse… Il ne fut fait aucun reproche à la tante, mais elle en conserva une grande honte.

Ici ta dévouée narratrice, fièrement encombrée d’un poupon joufflu et fessu… un beau cadeau de Noël ?

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Ah oui, répondit la tante, amusée : c’est D. (le cousin-si-aimé) !!

Il parait que je ressemble à Barbalala…

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(on était beaux, hein…)

Le poupon n’a pas beaucoup changé en trente ans : toujours aussi rond, toujours sur le canapé… il a aujourd’hui deux filles.

La suivante, C. , blonde comme une poupée… elle a aujourd’hui un garçon et une fille…

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Une autre, S. dont on ne parle pas et dont il ne reste rien, décédée lorsqu’ elle était bébé… puis deux autres garçons, la tante eut en tout 6 enfants, et éleva tous ceux qu’on lui confiait (ce qui au final fit presque le double…). Le séjour pouvait durer de quelques heures à quelques années… L’enfant pouvait tout aussi bien être un lointain parent ou même une petite voisine dont la maman « était partie »… Ce qui fut le cas pour A., dont la quatrième enfant est née hier matin…

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(Ben ouais, comme dirait l’autre, « ça part de là »…)

Famille nombreuse, famille heureuse… Famille Formica : peu d’argent, jamais de « vraies vacances », mais de l’amour, des « Rivoire & Carret », et des taloches distribués avec une générosité et un sens de l’équité qui forcent l’admiration…

Et aussi : les guimauves de chez Deleuze (un vrai luxe, même et surtout aujourd’hui), dont on achetait seulement les chutes de découpe, vendues à moitié prix… les pots de yaourt en carton « La-Roche-aux-Fées », recouverts d’une fine pellicule de cire… les polaroïds, Sylvie Vartan… l’odeur du Spic (si tu ne sais pas ce que c’est, demande à ta mère…), les boules de bois, lisses comme des galets, au bout des accoudoirs des fauteuils… les poésies de Robert Desnos,  il lui suffit de fermer les yeux pour se souvenir de tout cela avec ravissement. Il lui manquait juste les images, c’est chose faite…

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(Ici, 3 décennies plus tard… de gauche à droite : R., (le dernier enfant de la tante), sa mère, moi et mon « poupon »…)

Ce que l’on ne choisit pas…

Quelques photos du bout du monde… on y voit un colosse doré au regard dur, tenant dans ses bras tatoués une minuscule poupée métisse… la maman pose sur la photo précédente, frêle gazelle agenouillée dans un décor exotique…

Celui-ci aussi revient de loin… la Femme coupée en deux se souvient, petite, lui avoir souvent parlé à travers une vitre jamais très propre, percée de minuscules trous en cercles concentriques. Pour cause de maladie, qu’on lui disait… le fait est qu’elle a usé trop tôt ses genoux écorchés sur les tabourets des parloirs, levé les yeux au pied des remparts de solitude, pour essayer d’entrevoir le ciel…

L’oncle -frère aîné de la Mère- était lui aussi régulièrement mis en « quarantaine »…

Lorsqu’elle interroge son Alter-Ego sur les origines du mal, il dit simplement qu’on ne choisit pas sa famille… avec un regard entendu.

Le billet…

Une grande enveloppe du service de l’état-civil. C’est donc vrai. Un billet me confirme l’évidence. Un texte laconique, tapé avec une machine d’époque. Une date soigneusement découpée en toutes lettres. Le dix       neuf [...]     mil      neuf     cent [...]. C’est drôle, j’ai toujours cru que c’était le seize…

Il y a notre adresse. Je suis souvent passée devant, cela forme comme une « traboule », quelques boites aux lettres en métal déglinguées, une cour mal pavée, un escalier miniature…

Il y a son nom à « elle ». Et pas le mien.

Et aussi celui d’une certaine « Jeanne », 55 ans. Et d’une « Viviane », sans âge. La première a signé une sorte de clef de sol, la seconde s’est appliquée à souligner son nom.

Et c’est tout. C’est tout ce qu’il reste.

Le pire, tu veux que je te dise, c’est que la Faucheuse avait sans doute son carnet de bal bien entamé ce soir-là… ou avait-elle l’humeur paresseuse.

Le billet dit –  et je l’ignorais – que nous sommes décédés à quelques mètres l’un de l’autre…

Vieux papiers…

Parce qu’ elle m’a taggée sur ce sujet, je veux bien me prêter au jeu, et te montrer, ami lecteur, deux photos de la Femme coupée en deux lorsqu’elle était petite.

On ne se moque pas…

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit(été 1976)

Sur celle-ci, j’ai bientôt quatre ans, je tiens la main de ma grand-mère a qui l’on m’a confié le temps des vacances. C’est lors de la fête de Nissan, un village de ma région, d’après ce que ma grand-mère a écrit derrière la photo…

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit(1977 ?)

Celle-ci illustre la période (quelques mois après le décès de mon père) durant laquelle j’ai vécu chez l’oncle et la tante de ma mère,  Robert, Josy, et leurs enfants : Jacques, fils d’un premier mariage de Robert, Michel, que l’on aperçoit à gauche sur les genoux de son parrain, David, encore bébé… suivront plus tard : Catherine, Stéphanie (décédée de la mort subite du nourrisson), Ludovic et Romain…

J’ai de très doux souvenirs de cette période, nous habitions avenue du Pont Trinquat dans une cité achélème de trois bâtiments. Robert travaillait au marché-gare et Josy s’occupait de la marmaille, c’était une vie simple et honnête…nous n’avions pas le sou, mais il régnait dans cette maison beaucoup d’amour…

Michel et moi allions à l’école de la cité Mion…

J’avais écrit autrefois une note sur cette époque…

Cette photo a du être prise à l’occasion d’une (rare) visite de ma mère (la blonde sur laquelle on m’a obligée sans doute à m’asseoir…) Et puis un jour, lors d’une dispute familiale, celle-ci a préparé mes valises et je les ai perdus de vue.

Ce n’est que 16 ans plus tard que je revis Michel, lors d’une fête à la campagne chez une vague connaissance. Assis en face de moi à table, il me dévisageait depuis un moment.

- Tu ne serais pas [la Femme coupée en deux] par hasard ?

- Si ??

- C’est moi, Michel… tu me reconnais ?? (il avait une voix tellement émue…) Quand je vais dire ça à ma mère… il faut que tu viennes la voir !!

Et c’est ainsi que j’ai retrouvé MA Josy, presque inchangée malgré les aléas de la vie… et les autres, enfants hier, trentenaires aujourd’hui…

Chez Tati Jo, c’est en haut d’une pente abrupte, des immeubles tout carrés, avec des plaques de couleur sous les demi-fenêtres des cuisines. L’un bleu turquoise, l’autre vert, le dernier marron. Ils habitent dans le « vert », celui du milieu. Il y a là l’oncle Robert, gros et fort, qui travaille au marché-gare. Il ramène tous les jours des cageots remplis de légumes et de fruits à sa femme, qui les transforme aussitôt en ratatouille, en confitures, en tartes, en sauce tomate…
Il y a aussi le cousin David qui vient de naître. On l’aperçoit sur une photo, dans un couffin bordé de tissu couleur arc-en-ciel… 

Et surtout, il y a Michel…cousin adoré d’elle, parce qu’il est à peine plus jeune qu’elle, parce qu’il a des yeux de chat…parce que c’est le plus gentil de tous, celui qui ne dit rien. 
L’oncle Robert est l’oncle de la mère. 
 

La mère qui ne vient presque jamais la voir, pas un mot pour l’anniversaire, elle n’a pas le temps… 
Alors, insidieusement, Elle s’est mise à ne plus supporter le mohair bleu du pull, le parfum tubéreux, le blond platine de la mère. Son esprit a chassé malgré Elle, pièce par pièce, tout ce qui console les enfants. 

 
Heureusement, pour palier à tout cela, il y a le formica, les vaguelettes du dessus de lit, les ballons et les sucettes Chupa-Chups à l’épicerie de Mme Taraire, le couple de poupées espagnoles sur la télévision, la vie « populo », celle qui chahute dans l’escalier, les cris des mères qui rappellent au balcon leurs enfants pour la soupe… 
La vie dans sous ses éclats, aux odeurs simples et honnêtes comme celle du savon de Marseille… 

Jaune…

L’été, chez la tante Momo, on « fait les anchois » : on part à Sète en fin d’après-midi, chercher les poissons à la criée. On regarde les chaluts entrer au port ; l’affaire est vite faite, et les cageots s’empilent dans le coffre de la voiture. Si elle a été sage durant la transaction, elle aura droit à une glace (à l’italienne s’il vous plait, et à la vanille…).

Le lendemain, à l’heure de la sieste, elles se retrouvent à quatre, assises en carré autour de la table de la terrasse. Tante Momo dirige les opérations : elle donne des conseils aux petites « ça vient d’un coup tout seul –  mais fais doucement, enfin ! ». Tante Marie fait sa besogne avec indifférence, elle ne dit rien, ou presque. Elle pense à son mari…La cousine Christine -qu’on appelle ici la « kèque »*- pépie, elle a toujours quelque chose à raconter ou une colère à vider.

Il faut lever les filets en les gardant entiers, puis on les conserve dans du gros sel, ou on les couche bien rangés dans une marinade avec du citron et de l’huile d’olive, de l’ail ou du piment. On les garde au frais pour « l’apéro » de ces messieurs de la maison, tout au long de l’été… on les vend au kilo et « au noir » aux restaurants de la côte…

L’une des joies de l’enfance des petites fut de déguster ces anchois marinés du bout des doigts et à toute heure, la tête renversée en arrière et les yeux fermés, sous la caresse piquante et douce du soleil et de l’huile d’olive.

 

* Dans le midi, les gens ont gardé la tradition, comme partout autrefois, de donner des surnoms…

Comédie, tragédie…

 La tante a mis à la petite sa belle robe à carreaux et ses sandales à fleur. Elle a pris dans la cuisine le grand panier en paille, le porte-monnaie.

Les halles : la petite, impressionnée a vu des garçons bouchers au tablier maculé de rouge transporter sur leurs épaules des carcasses entières. (et pourquoi ils mettent des rangées de roses en plastique entre les morceaux de viande?)

Elle a vu les étalages croulants de couleurs jusque parterre, elle aimerait bien elle aussi, avoir un étal pour jouer à la marchande, elle en avait demandé un pour Noël, avec une balance à plateaux, mais…(et comment elle fait, la dame, pour connaitre le prix sur la grosse Roberval quadrillée ?)

Elle a vu des poissons tout brillants, gisant tristement sur des paillettes de glace, et des crabes verts gigotant dans un petit filet.

La tante a acheté du poisson pour la petite. C’est qu’il faut la bien nourrir, la pauvre menue. 

Il est midi. C’est la cloche en bas de la rue qui le dit.

La petite regarde son assiette dans laquelle un morceau de chair fine et blanche prend toute la place. Elle renifle doucement, puis murmure d’une voix presque inaudible :

- J’en veux pas, tati.

- Mange, je l’ai acheté pour toi…

Elle n’ose dire franchement non, alors elle remue doucement la tête.

- C’est pas possible une comédie pareille, tous les jours…

Ce serait plutôt une tragédie, mais la petite ne connait pas encore ces subtilités.

- Regarde-moi ça, de la sole, et à dix sacs le kilos, encore !

(c’est pas vrai, le poissonnier, il a mis un sac bleu et un sac blanc, deux, donc, et pas dix…)

- C’est gros comme un tchot’*  et ça veut rien manger…

- J’en veux pas, tati…

Les yeux de la petite deviennent deux lacs sombres.

- Tu n’auras rien d’autre…

(Mais je ne veux rien d’autre, justement...)

- Mais qu’est ce que j’ai fait au Bon Dieu ?

(Et lui, hein ? qu’est ce qu’il m’a fait à moi ?)

- J’en veux pa-a-a-a-as…

Litanie d’un A saccadé qui s’en va crescendo, s’échappant par la fenêtre, ricochant par dessus les toits, dans tout le quartier.

Au bout d’une heure de vaines négociations, la tante a fini par retirer l’assiette.

Ce n’est pas grave.

Pour le goûter, aujourd’hui, il y aura de la sole…

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