Lettre à la remplaçante de sa Majesté.

Oncques, chérie-chérie, il va falloir que tu t’habitues au us et coutumes de cette cabane, dans laquelle tu seras recluse pour une durée équivalente à un sixième de ton temps…

Avec plus ou moins de bonheur, selon ce que tu jugeras bon de faire des instructions suivantes :

- le portail de l’entrée s’ouvre le plus simplement du monde, avec un bon coup de latte, en tournant simultanément la clef dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Place soigneusement ton Stiletto droit sur l’empreinte déjà existante et fais attention à pas niquer ton nail-art à 35 boules contre le mur, il faut lâcher la clef en même temps que tu la tournes.

- la pendule de l’entrée retarde de cinq minutes. Ce qui te donne le temps d’aller t’enquiller un expresso à la terrasse du nid à motards, là, juste à côté. Oui, en terrasse, même et surtout en hiver, c’est une coutume locale.

- ça te permet aussi de partir à 25 au lieu de 30. Bah oui, t’es déjà arrivée en retard ce matin, tu conviendras avec moi que ce serait idiot de partir en retard cet après-midi…

- tu seras bien aimable et chatoyante de saluer le grand Bouddha qui domine le comptoir de la cuisine, et qui apporte au lieu sa part de sérénité… (si, si…)

- installe-toi confortablement, fais chauffer le café et la bécane, et…

- La boîte mail s’ouvrira dans environ 24 minutes et 18 secondes, si la bande passante veut bien laisser une voie de secours pour cycliste sur l’autoroute du grand Tout.

- ce qui te laisse juste le temps de décrypter les messages laissé sur ta Bible, sur des post-it, sur des tickets de caisse, qui s’éparpillent gaiement à travers le bureau, un festival de Rio miniature, rien que pour toi. C’est généralement intraduisible dans le texte, sauf si ta langue maternelle est le ouzbèque occidental.

- Dépourris les mails de la veille, imprime le reste, ou le contraire, fais comme tu le sens.

- Profites-en pour faire de même avec ta boîte mail, avant que la vilaine bande passante ne te reprenne d’un coup sec la misérable poignée d’octets qu’elle t’avait jetée avec mépris, gueuse !

-  Prends ta plus belle voix d’aéroport et appelle le boss pour lui annoncer les nouvelles du jour. Il n’entend généralement pas ce que tu dis, à cause du bruit des machines. S’il engueule quelqu’un dans le téléphone, ce n’est pas forcément toi. Fais la même chose qu’avec les messages écrits, tente de traduire par logique ou déduction.

- Sache définitivement que quoiqu’il advienne, il dira : « débrouille-toi, fais ce que tu veux ».

- Le fax. Fonctionne à merveille. C’est cette chose qui hurle comme une alarme de centrale nucléaire lorsque tu reçois un message en papier tombé de l’au-delà, tel le miracle de Nawël.

- Le téléphone : objet décoratif d’un goût très sûr (Jonathan & Jennyfer avaient le même), ne sonne jamais. Sauf erreur. Si toutefois cela arrivait et qu’on te demande quelque chose ou qu’on t’engueule vraiment à toi, faire comme avec le boss, traduire, dire oui-absolument-tout-à-fait-no-problémo-c’est-fait-depuis-après-demain-je-n’y-manquerai-pas-on-vous-rappelle-et-on-vous-dit-quoi.

- Aller faire chauffer un café et brûler un cierge dans la cuisine.

- Les gens : avec un peu d’expérience et de doigté (bonjour, Hot’…), tu arriveras à leur refiler la moitié de ton boulot. Toujours dire que tu es la remplaçante, même au bout de trois ans. ça émoustille la charité chrétienne qui palpite dans le petit coeur de chaque agent administratif (sauf celui de ta dévouée narrateuse).

- Attention, la méthode décrite ci-dessus ne s’applique en aucune façon sur le comptable.  La méthode alternative consiste à lui laisser un message sur son répondeur avec la voix de CatWoman-à-la-Villa-Rouge. ça émoustille la charité pas catholique qui palpite dans le slaïpe qui lui sert de coeur.

- Ne s’applique pas non plus sur ton autre collègue : Asiatique mais bizarre. Fais comme si tu ne le voyais pas. Et ne lui laisse pas de message sur son répondeur.

En échange de tes dévoués services, tu toucheras un salaire annuel équivalent au dixième du PIB du Burundi, mais tu auras la joie ineffable de voir quelquefois ton saint Patron en calbute, lorsqu’il se change dans ton bureau avant de se rendre sur un chantier. Fais comme si tu ne le voyais pas lui non plus. Oui je sais, c’est difficile de rester stoïque. Ne lui laisse pas de message grrrrrmiiiiaou sur son répondeur à quatre heures du matin. Même si tu as bu.

Tu pourras prendre tes congés comme il te sied de le faire, surtout si le motif de la demande est un voyage au bout du monde. Le boss aime voyager lui aussi.

Tu auras le droit d’emmener de temps en temps ta progéniture foutre le bordel dans le bureau   faire sagement un coloriage pendant que Maman blogue travaille, tu auras une cuisine équipée hi-tech et des gateaux pas toujours diététiques en self-service dans le placard du haut, une machine expresso italienne qui transforme le café Lidl-des-jeunes en nectar des Dieux, un jardin au soleil.

Faut juste savoir apprécier la vie en ermite, et avoir envie d’habiter un chalet de surfeur…

5 Réponses à “Lettre à la remplaçante de sa Majesté.”


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