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Archive journalière du 28 jan 2010

Aléa Jacta Est

Petit matin, train désert… Chaleur ronronnante et aseptisée, qui a transformé la vitre en papier calque. Champs vert pastel, quelques maisons saupoudrées de givre… combien de fois a t-elle observé entre ses yeux plissés (pour mieux voir la lumière) la mer, combien de songes a-t-elle tissé en suivant les lignes parfaitement parallèles de ce que l’on appelait autrefois « chemin de fer » ? Elle-même ne saurait le dire.

A 10 heures sonnantes (et trébuchantes), elle fut sur le quai. Descendre lentement les marches et se diriger vers la sortie, espérer dans le silence de l’âme que l’on appelle  » folle espérance », qu’il l’attende, ou du moins qu’il fasse comme si, comme si par hasard, comme si pas fait exprès mais fallait acheter des clopes…

Acheter des clopes. Oublier le paquet sur le comptoir et revenir avec un sourire gêné. S’en griller une, juste pour le plaisir, à grosses bouffées amères et blanches de froid. Prétexte à l’attente inutile.

Gravir le boulevard qui mène à l’hôtel de ville. Elle sait où il se trouve, mais ne sait pas comment s’y rendre. Etrange paradoxe que d’être toujours perdue dans la ville où elle est née…

Bureau surchauffé, employée aimable et ronde, bardée de bijoux en plastique énormes… formalités administratives expédiées d’un sceau bleu école sur une signature illisible…

Elle redescent lentement le boulevard morne et désertique, bifurque dans une ruelle sans âme, à droite, puis à gauche, lentement, en découpant chaque seconde, en mesurant chaque pas. Ralentir imperceptiblement devant le numéro trente. Comme si, comme si par hasard, comme si pas fait exprès… comme si c’était hier encore. Elle lève les yeux vers le ciel. Une madonne de pierre tendre, usée par le temps,  lui tend les bras, les mains ouvertes en signe – de miséricorde ? d’impuissance ? de lassitude ? – un peu comme un joueur de poker malchanceux, qui dirait :  »alea jacta est »… (Sauf qu’il ne le dirait pas vraiment comme ça, mais plutôt un truc du genre « c’est le jeu, ma pov’ Lucette… », au vingt-et-unième siècle, rares sont les gens à employer le latin pour décrire en trois mots les claques dans la gueule diverses et variées que tu peux te ramasser en une seule vie, n’est-ce-pas ?)

Elle pousse le portillon – par lequel les filles de la dérobade se glissent dans le parc, la nuit – et disparaît, illusion d’optique d’un soleil indécent sur le faux lac gelé. Brouillard. Silence. Oubli.




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