Voilà. C'est fini.
C'est aussi simple que ça.
Ce matin, tu t'es levé avant l'aube comme chaque jour, tu a inondé la salle de bains en sifflotant, tu as avalé ton café debout dans la cuisine par habitude. Seule ta bouche avant de partir avait un goût étrange, un peu acide, que je ne connaissais pas.
J'ai rangé le peu de désordre sur la table, allumé la télé, et branché le fer à repasser. J'aime les piles de linge bien calibrées, le linge trié crescendo par couleur, l'ordre, la netteté.
C'est en soulevant une pile de polos de sport dans l'armoire que je l'ai trouvée. Une enveloppe de la British Airways, bleue rayée de blanc, en diagonale. J'ai souri. Tu es décidément foireux pour faire les surprises… A l'intérieur, deux billets A-R…
New-York.
Un pour toi, un pour “elle”.
J'ai senti mon esprit chavirer.
Lorsque tu es rentré, j'avais enfilé ma plus jolie robe, dessiné un sourire un peu écarlate sur mes lèvres.
J'ai observé dans le reflet du miroir ton corps disparaître à moitié dans le doux crépitement de la mousse du bain, ton corps que j'ai tant aimé, dont j'ai apaisé toutes les fièvres, et que je ne céderai à aucun prix à une autre.
Ma main a dessiné un arc de cercle, l'espace d'une demi-seconde, et j'ai lâché le sèche-cheveux, en marche, dans l'eau tiède. “ça” a fait un bruit inattendu, tu as tenté de sortir de l'eau, dans un ultime réflexe de survie, éclaboussant les murs et le tapis en éponge. Je n'oublierai jamais ton dernier regard, de la même façon que je n'ai jamais oublié le premier…
J'ai terminé de me préparer, j'ai empoché les liasses que tu planquais un peu partout, entassé quelques affaires dans une valise, et j'ai filé à pied dans la nuit.
Direction l'aéroport. Destination je-m'en-fous, j'ai des biftons plein les poches. Je donnerai un énorme backshish au douanier s'il me demande d'ouvrir mon bagage. Je ne voudrais pas qu'on découvre ce que j'ai de plus précieux, la seule chose que j'aie voulu emporter de toi…

Ton coeur que j'ai arraché à mains nues, après avoir soigneusement découpé ton corps, ton corps que j'aimais tant.
Ton coeur que j'ai emballé dans du papier argenté et qui, ainsi, m'appartient pour toujours.
[Ceci est une participation (non autobiographique) au Jeu d'écriture du blog à 1000 mains…]



















